Helen Faradji a écrit :La route qu’il ne fallait pas prendre
Critique du film The Road
John Hillcoat s'enlise sur les sentiers boueux de «The Road» en dépeçant l'oeuvre de Cormac McCarthy de toute sa substantifique moelle.
«All the Pretty Horses», par Billy Bob Thornton en 2000, «No Country for Old Men» par les frères Coen en 2007 : la liste des adaptations de romans du formidable auteur américain Cormac McCarthy s'annonçait sous les meilleurs auspices. Malheureusement, «The Road» vient gâcher l'ensemble.
10 ans. 10 ans que le monde tel que nous le connaissons n'existe plus. Ravagé, détruit, dévasté, recouvert de cendres noires, il ne reste plus rien que du brouillard épais, une humidité poisseuse, un froid glacial, une puanteur envahissante. 10 ans que sur les routes, quelques survivants errent à la recherche d'un peu de chaleur, de nourriture, d'espoir. 10 ans aussi que certains sont retournés à l'état sauvage, barbares se nourrissant de chair humaine. Sur une route les menant vers l'océan, là où peut-être l'air sera plus respirable, un père et son fils essaient de renouer avec leur humanité perdue.
Avec ses mots crus, précis, cinglants, ses phrases écrites presque sans ponctuation comme on crache un récit à bout de souffle, son rythme nerveux et sec, Cormac McCarthy avait fait de «The Road» un des romans les plus puissants de ces dernières années. Récompensé par un Pullitzer en 2007, il y déployait un style bouleversant pour mieux se questionner en filigrane sur la nature humaine dans un monde privé de temps, privé de Dieu, privé de certitude. Le choc était brutal. La réflexion sur le mystère du sens de la vie aussi palpitante que sidérante.
L'idée de voir ces mots et cet univers post-apocalyptique prendre vie à l'écran était déjà en soi effrayante. Mais après tout, Nick Cave à la musique, Viggo Mortensen au jeu et une sélection en compétition au festival de Venise avaient de quoi rassurer. Du moins, c'est ce qu'on se disait avant de voir ce désastre, cette lecture disneyenne et spectaculaire d'un ouvrage si finement charpenté.
La faute en grande partie au réalisateur John Hillcoat («The Proposition», «Ghosts...of the Civil Dead», «To Have and to Hold») qui ne semble en avoir retenu que les dimensions les plus sensationnalistes. Mettant en scène la violence comme dans une série B cheap de seconde zone, à grands renforts d'effets de manche et autres débauches stylistiques gratuites, émaillant le récit de flash-backs dégoulinants et mièvres, il laisse son film mis en lumière dans des tons grisâtres et artificiels s'enfoncer sans imagination sur ses sentiers boueux. Pire encore, il se complait dans l'observation misérabiliste et racoleuse d'une caricature d'enfant-acteur (Kodi Smit-McPhee), geignard et mielleux, qu'honnêtement, on aurait planté là sans regarder en arrière. Seul rescapé du naufrage, Viggo Mortensen qui, comme d'habitude, se donne à son rôle avec une intensité, une authenticité et une humilité profondément touchantes. Seulement, même en lui tenant la main, cette route-là reste impraticable.
Marc Cassivi a écrit :Ce foutu film
The Road : fallait-il faire ce film?
Après avoir lu la chronique de mon collègue Patrick Lagacé («Ce foutu livre»), samedi, j'ai failli lui écrire: «Si tu ne peux pas finir le livre, attends le film. Il sort la semaine prochaine.» C'eût été un mauvais conseil.
Certains romans, à l'évidence, ne devraient pas être adaptés au cinéma. The Road, long métrage attendu de John Hillcoat, tiré du livre de Cormac McCarthy, n'est pas un mauvais film. Ce n'est pas non plus un très bon film. OEuvre moyenne se fondant dans un magma d'oeuvres moyennes. Une de plus, une de moins.
Le film, à l'affiche vendredi, semble d'autant plus mineur que le livre qui l'a inspiré est transcendant. The Road est l'un des grands romans américains de la décennie. Un livre dur, sombre, magistral, sur l'Homme (et son fils) dans ses derniers retranchements. L'homme est un loup pour l'homme...
J'ai vu The Road hier. Film foutu d'avance. La comparaison, comme la déception, étaient inévitables. D'un côté, un chef-d'oeuvre littéraire; de l'autre, un film de tâcheron mettant en vedette Viggo Mortensen (juste, comme toujours) et Charlize Theron, dans un rôle de mère pratiquement absent du roman.
On peut dire de certains livres qu'ils sont «cinématographiques». The Road, roman d'épure, linéaire, volontairement répétitif, n'est pas de ceux-là. Un père et son fils se battent pour leur survie dans un monde post-apocalyptique. Début et fin du synopsis.
On ne pourra accuser John Hillcoat d'avoir trahi à l'écran le climat hostile, noir de cendres, décrit par Cormac McCarthy. Son film est parfaitement fidèle à l'univers glauque et sans espoir du roman. Le traitement du réalisateur australien est sobre, sans affect, mais aussi banal et sans originalité. Ceux qui ont lu le roman auront l'impression d'un résumé en images de près de deux heures. Les autres risquent de s'ennuyer ferme.
Il ne suffit pas d'être fidèle à un univers littéraire pour être fidèle à une oeuvre littéraire. The Road, de par son essence même, est un roman difficile à adapter au cinéma. Je m'y connais peu en littérature, mais il m'apparaît évident que l'écriture dépouillée, saccadée, minimaliste de The Road, au service d'un arc dramatique sans grands rebondissements, se traduit mal au grand écran.
Le roman, par son souffle, son style, son rythme, a sa propre musicalité. Le film, par sa réalisation, son montage, le choix de ses plans, a aussi la sienne. Ce sont deux musiques distinctes, qui doivent être jugées chacune pour ce qu'elles sont. Mais au final, pour que le mariage entre littérature et cinéma soit heureux, il faut que ces musiques s'accordent minimalement.
Où le film de John Hillcoat rend justement le moins justice au roman de Cormac McCarthy, c'est dans sa musique. Pas dans celle, métaphorique, de sa réalisation, mais dans les notes noires, bien concrètes, de sa bande sonore. Le travail d'esthète du romancier commandait à mon sens une musique sourde, inquiète, aérienne. Celle composée par Nick Cave et son collaborateur des Bad Seeds, Warren Ellis, en constante rupture de ton avec le récit, tend trop souvent vers le sentimentalisme. On me dira que c'est un détail. Je répondrai qu'au cinéma, il n'y a pas de détails sans importance.
Existe-t-il des romans inadaptables au cinéma? Peut-on excuser à un film mineur de s'inspirer d'une oeuvre majeure? John Hillcoat, qui n'a rien d'un Gus Van Sant, risque de l'apprendre à ses dépens.
Questions existentielles
L'actualité artistique des derniers jours m'a inspiré quelques questions existentielles auxquelles j'espère trouver des réponses: Adam Lambert est-il le jeune frère de Pierre Lambert? Annie Villeneuve se plaira-t-elle au Minnesota? Où puis-je me procurer l'album de Susan Boyle? Pourquoi ce sont toujours les gars les plus torves qui gagnent à Occupation double? Qui voudra désormais être traité par le médecin de Michael Jackson, de retour au travail? Pourquoi y a-t-il autant d'humoristes à Tout le monde en parle? Est-ce que U2 a piqué à Mario Dumont son «360» pour sa nouvelle tournée? J'attends vos suggestions.
J'en ai 15 du meme style, il est vraiment bien ce film ?